Interruption de la corticothérapie dans une cohorte incidente de néphrite lupique

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Séverine Wautier, Farah Tamirou, Séverine Nieuwland-Husson, Frédéric Houssiau Publié dans la revue de : Novembre 2018 Rubrique(s) : Mémoires de Recherche Clinique
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Résumé de l'article :

Promoteur

Pr Frédéric Houssiau

Mots-clés

Néphrite lupique, interruption de la corticothérapie, protéinurie, dommage chronique, qualité de vie

Article complet :

INTRODUCTION

La néphrite lupique (NL) est une des complications fréquentes et sévères du lupus érythémateux disséminé. Le traitement de cette pathologie comporte d’une part l’utilisation de glucocorticoïdes (GC) et d’autres immunosuppresseurs et, d’autre part, une protection rénale optimale. L’objectif est d’induire et de maintenir une rémission rénale tout en empêchant l’accumulation de dommage chronique iatrogène. L’utilisation prolongée de GC provoque de nombreux effets secondaires responsables d’une morbidité importante chez les patients atteints de NL. Il est donc primordial d’arrêter leur prise le plus rapidement possible.

 

OBJECTIFS

Notre étude rétrospective vise à définir les facteurs déterminants de l’arrêt du traitement par GC chez des patients atteints de NL incidente, ainsi que les conséquences bénéfiques et néfastes de cet arrêt.

 

MÉTHODES

La population étudiée comporte 90 patients souffrant de NL incidente, confirmée par biopsie rénale. Tous appartiennent à la LOUvain LUpus Nephritis Inception Cohort (LOULUNIC), suivie dans notre centre par le Professeur F. Houssiau. Les données cliniques, biologiques et histologiques ont été extraites de notre banque de données. Le SLICC/ACR DI a été calculé lors de la dernière visite. La qualité de vie des patients lupiques a été calculée sur base du Lupus-QOL. Des tests de t, Mann-Whitney et ANOVA ont été utilisés. RÉSULTATS Parmi les 90 patients de notre cohorte incidente, 43 (48%) ont pu arrêter les GC (groupe E), dont 32 de manière permanente (groupe P) et 11 de manière transitoire (groupe T). La durée médiane d’arrêt des GC est de 37 mois. 47 patients (52%) n’arrêtent jamais les GC (groupe N). Au moment du diagnostic, la créatininémie, le rapport protéinurie sur créatininurie (uP/C), les classes histologiques ISN/ RPS, les indices d’activité et de chronicité ne diffèrent pas entre les groupes, de même que la dose initiale de méthylprednisolone (MP) (N: 28 mg/j ; E: 32 mg/j ; P: 31 mg/j), l’utilisation de bolus intraveineux de GC (82% et 77% dans les groupes N et E respectivement) et l’utilisation de cyclophosphamide intraveineux (81% et 77% respectivement). Durant la première année, la protéinurie (uP/C) diminue de façon plus importante dans le groupe E par rapport au groupe N (p =0,028 par ANOVA), avec une différence statistiquement significative au 3ème mois (N: 1,73±1,87 ; E : 0,96±1,34 ; p=0,038 par test de t). La différence est également présente avec le groupe P (0,85±0,76 ; p=0,02 par test de t). De manière intéressante, la dose moyenne de MP à 3 mois est statistiquement plus importante dans les groupes E (19±8) et P (20±9) par rapport au groupe N (15±6) (p=0,005 par test de t). Au dernier suivi, la créatininémie est statistiquement plus basse dans les groupes E et P par rapport au groupe N. Huit des 11 patients du groupe T ont souffert d’une rechute rénale après une durée médiane de 30 mois, ayant justifié la reprise de GC. Le SLICC/ACR DI (index d’accumulation de dommage chronique) est significativement plus faible dans les groupes P et T, par rapport au groupe N (p=0,0068 et 0,0027 respectivement). Les patients des groupes P et T jouissent d’une qualité de vie significativement meilleure que ceux du groupe N (P: 86% ; T: 71% ; N: 68%).

 

CONCLUSION

Nous démontrons i) que la moitié des patients peuvent interrompre les GC (un tiers de manière permanente) ; ii) que les patients ayant arrêté les GC ont moins de dommage chronique et une meilleure qualité de vie ; iii) que la protéinurie des patients capables d’arrêter les GC diminuent beaucoup plus rapidement au cours du temps ; mais iv) que les patients ayant arrêté les GC en avaient reçu une dose plus élevée durant les 3 premiers mois de traitement, ce qui pourrait suggérer qu’une dose plus élevée de GC durant les 3 premiers mois serait associée à une plus grande probabilité d’arrêt ultérieur des GC.

 

AFFILIATIONS

Cliniques universitaires Saint-Luc, Département de Rhumatologie, avenue Hippocrate 10, B-1200 Bruxelles, Belgique.

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