Comment dépister et enregistrer les complications liées à l’endoscopie digestive ?

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Francesca Chiara Della Casa Publié dans la revue de : Novembre 2018 Rubrique(s) : Mémoires de Recherche Clinique
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Résumé de l'article :

Promoteur

Pr. Tom Moreels

Mots-clés

Endoscopie digestive, qualité de soins, enregistrement des complications

Article complet :

CONTEXTE ET BUTS DE L’ÉTUDE

L’endoscopie digestive s’est significativement développée à partir de la moitié du XXe siècle, révolutionnant le diagnostic et la prise en charge des maladies gastro-intestinales. Bien que l’accès par voie naturelle ne nécessite aucune perforation des tissus superficiels ni des plans musculaires, l’endoscopie reste un acte technique invasif et de ce fait n’est pas dépourvu de risques ni de complications. L’enregistrement de ces dernières est inclus parmi les « indicateurs de qualité », qui font partie intégrante de tout programme de qualité de soins. La recherche vise à élaborer un moyen fiable d’enregistrement des complications de l‘endoscopie digestive survenant au sein des Cliniques Universitaires Saint Luc (CUSL) et d’en établir l’incidence.

 

PATIENTS ET MÉTHODES

Dans ce but, nous avons employé une méthode prospective basée sur le signalement volontaire des complications par les endoscopistes du service de Gastroentérologie au moyen d’un questionnaire, couplée à une méthode rétrospective par analyse des dossiers électroniques. Afin de définir précisément le terme de « événements indésirables », nous avons utilisé comme référence le papier de l’American Society of Gastroenterology intitulé « A lexicon for endoscopic adverse events ». Notre étude est basée sur l’analyse de tous les actes endoscopiques qui ont eu lieu aux CUSL à partir de Février 2016 jusqu’en Avril 2016.

 

RÉSULTATS

Le nombre de procédures qui ont été revues s’élève à 2668. Un total de 52 événements indésirables ont été enregistrés, dont 27 signalés par les endoscopistes, ce qui représente une incidence de 1.01% contre 1.95% calculée sur base de l’analyse rétrospective (p value < 0.01). Lorsque l’on stratifie en fonction de la sévérité, on s’aperçoit que ce sont les complications légères qui sont le plus souvent oubliées (incidence de 0.3% dans l’analyse prospective vs 0.9% dans la recherche analytique rétrospective ; p value <0.01). Le classement des événements indésirables fut parfois laborieux en raison d’un manque de précision au sein des directives internationales. À titre descriptif, nous avons comparé l’incidence de certaines complications (perforation lors d’une colonoscopie, pancréatite post-ERCP, hémorragie post-polypectomie colique et perforation post-mucosectomie) relativement aux taux déclarés dans les enquêtes internationales et aucun écart de performance n’a été mis en évidence.

 

CONCLUSION

Notre étude a pu démonter, d’une part, la non fiabilité de l’enregistrement sur base du signalement volontaire, en raison du taux presque doublé d’incidence de complications rapporté par l’analyse rétrospective, et d’autre part, la mise en lumière de la charge de travail conséquente que représente une telle récolte de données rétrospective, la rendant difficilement réalisable et applicable dans la pratique de tous les jours. Nous estimons qu’un nouveau système d’enregistrement électronique des procédures et des protocoles pourrait faciliter l’analyse à posteriori. Un problème clé dans ce domaine reste celui du manque de définitions claires au niveau international, faute desquelles il nous est impossible d’atteindre un consensus. Nous sommes encore loin d’être au bout du chemin et une réponse définitive aux problèmes pratiques de la récolte des complications n’a pas pu être fournie, néanmoins nous avons déterminé de pistes sur lesquelles travailler dans le futur de façon à améliorer la qualité de soins offerte par notre institution.

 

AFFILIATIONS

Cliniques universitaires Saint-Luc, Service de Gastroentérologie, avenue Hippocrate 10, B-1200 Bruxelles