Discours des délégués

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Arthur Colson, Antoine Delfosse, Younes Fathallah, Thomas Goubert, Delphine Quiévreux, François-Xavier Van Vyve Publié dans la revue de : Juillet 2018 Rubrique(s) : Ama Contacts
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Résumé de l'article :

Lourde est la tâche de coucher sur le papier tant d’années de souvenirs, d’éclats de rire et de larmes. Pour nous aider quelque peu, nous avons choisi de nous inspirer du chiffre sept… Sept, autant donc que le nombre d’années du cursus, que de jours dans la semaine, que de péchés capitaux… Sept, un nombre définitivement biblique s’il en est. Alors qu’il n’a fallu que sept jours à Dieu pour créer le monde, il a fallu près de sept années à l‘UCL pour voir s’élever la luxuriante forêt de ficus en toge qui commence à prendre racine dans cette salle Henry Leboeuf.

Article complet :

Laissez-vous donc transporter avec nous pour une rapide épopée en 7 étapes.

Au commencement, il y eut le bac. Certains dans la campagne wallonne, d’autres dans le béton bruxellois. Mais pour tous, un premier jour, noyé(e) dans une marée informe de nombreux corps, dont une partie fera malheureusement naufrage quelques mois plus tard. À peine embarqués, nous faisions cap vers un sacerdoce dont nous ne faisions à l’époque qu’entrevoir les implications.

Avec quelques compagnons de galère, nous étions aussitôt précipités dans les salles de TP lugubres. Combien de microlitres avons-nous dû pipeter, combien d’arbres ont alors été sacrifiés sur l’autel de la physique, combien d’artefacts avons-nous qualifiés avec certitude de macrophages, avant d’enfin voir s’ouvrir les portes de la salle de dissection. Tout néophyte que nous étions, nous rejoignîmes, privilégiés, le club très sélect des disciples de Vésale.

Ce fut aussi l’époque de nos premiers amours, de nos premières déconvenues, et de nos premiers blocus. Chers Parents, vous avez alors pu découvrir sous votre toit une espèce nouvelle : l’Homo Estudientis. Au rythme circadien difficilement caractérisable, il vit reclus dans sa tanière jonchée de classeurs éventrés, de centaines de fluos siphonnés jusqu’à la moelle et de cadavres caféinés. L’air y est souvent irrespirable, saturant vos bulbes olfactifs d’un doux parfum de nervosité et de sueur cérébrale. Dans certains moments sombres, l’idée de l’abandonner sur le chemin de l’aéroport ou dans un foyer de la SPA vous a effleuré plus d’une fois l’esprit. Néanmoins, rattrapés par vos scrupules parentaux, en silence vous portiez votre croix dans un soutien indéfectible, probablement dans l’espoir de jours meilleurs.

Plus que le savoir accumulé, ces premières années nous pétrirent d’une rigueur nouvelle et préfigurèrent déjà les affres du travail acharné.

Il y eut des blocus, il y eut des examens. Première étape.

Forts de nos récents apprentissages théoriques – parfois trop – nous abordâmes ensuite avec entrain l’étude de la pathologie. Nos professeurs nous ouvrirent alors les portes du monde onirique de la sémiologie. Nous progressions dans des contrées inexplorées à l’affut des bruits métalliques d’occlusion, des cris de mouettes ou encore des crépitements de pas dans la neige. Par ailleurs, frappé par une épidémie effroyable d’hypochondriatite aigue, l’auditoire vit les Autorités Sanitaires s’affoler suite à la forte augmentation de suspicion de sarcoïdoses, de Churg-Strauss et surtout de Lupus.

Sur un plan plus personnel, ce fut également l’heure de notre premier engagement. Qui ne se souvient pas de la campagnarde namuroise épousant définitivement son Roméo Bruxellois avec la bénédiction d’un prêtre montois. La nuit de noces fut consommée plus d’une fois à la mer, et l’union célébrée par une semaine d’anthologie. Loin du faste des revues que la belle avait connues auparavant, le couple convia néanmoins ses sujets à un cabaret dont nous chantons encore les louanges.

Il y eut un mariage, il y eut un Master. Deuxième étape.

Pour parfaire la création, la faculté prit le soin de nous octroyer quelques moments de répit. Chacun put y trouver son compte. Alors que certains avaient soif de connaissances, d’autres avaient soif... soif de sport, de musique ou plus simplement d’une autre ouverture. Qui n’a pas entonné la Brabançonne en clôture de Mémé, qui n’a pas dépensé quelques deniers pour faire rougir une charmante jeune fille au Courant d’Air (ou un charmant jeune homme pour s’éviter les véhémences des plus féministes d’entre nous), qui n’a pas perdu quelques orteils congelés sur les terrains de Beach Volley du MED IN ?

Que tu aies été membre d’un KAP, membre d’un Cercle, membre de l’AGW ou encore de toute autre organisation étudiante, tu peux être fier d’avoir fait fleurir des activités que d’autres nous envient sur cette dalle de béton qu’est notre campus.

À l’aube d’une vie professionnelle bien chargée, ne renions pas les vicissitudes de nos divers parcours extra-académiques. Et même si nos derniers rassemblements scouts nous paraissent aujourd’hui loin, même si nos lendemains de veille à végéter dans un commu ravagé semblent peu à peu s’évanouir tel un mirage, malgré une recrudescence de l’activité ces dernières semaines, ce n’est pas une raison pour nous laisser gagner par la nostalgie. Au contraire, mettons notre indépendance fraichement acquise au service de notre épanouissement personnel à venir.

Il y eut la guindaille, il y eut le folklore. Troisième étape.

Deux janvier deux mille dix-sept, Jour-J. Nous en avions tant rêvé quand nous nous démenions parmi les méandres des 1001 pages de neurologie. C’est donc la voix tremblante que nous annoncions notre entrée fracassante dans le monde professionnel : « Bonjour, je suis le stagiaire ». Cette phrase cent fois répétée, sésame parmi les sésames, nous ouvrait toutes les portes de l’hôpital : dont l’accès à une blouse délavée – moyennant rançon d’un million d’euro – ou aux codes informatiques dignes des hackers d’anonymous, cela sans parler des litres de café soluble au goût plus que douteux, s’apparentant à celui du meilleur traitement du fécalome. Par cette phrase candide, nous scellions également notre destin de plante verte, pauvre ficus repiqué par le maître de stage sur son tabouret de consultation. Nous eûmes aussi l’immense privilège d’expérimenter une nouvelle méthode de permaculture par APDP, entendons Activités Professionnelles Déléguables à la Plante. As du camouflage, nous étions aussi passés maitres dans l’art du « oui oui, j’entends bien le souffle systolique au foyer aortique, degré 3/6 ».

Trêve de plaisanterie, car ce n’est pas en rédigeant huit milliard sept cent quatre-vingt-sept millions trois cent vingt-et-un mille et une lettres de sorties que nous avons développé notre sens clinique et notre humanité. Chaque patient, par le partage de son vécu et de sa souffrance, a façonné les soignants en devenir que nous étions. Puissent-ils tous être remerciés par ces quelques mots. Notre vocation se nourrissant quotidiennement de chacune de ces rencontres.

Quel qu’ait été notre parcours aux quatre coins de la Belgique et d’ailleurs, au cours de ces quelques mois, au gré des expériences multiples le petit ficus que nous avons été a bien grandi et est aujourd’hui capable de porter ses fruits.

Il y eut des maîtres, il y eut des patients. Quatrième étape.

Allez Médecine ! Allez Médecine !

Combien de fois ne nous sommes-nous pas époumonés sous les fenêtres de la Ministre de la Santé pour défendre les intérêts de la double cohorte. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Mais pour le coup, notre formation a sérieusement été mise en péril et le triomphe garde un goût amer pour certains. Nous y voilà, c’est donc le moment de faire preuve d’honnêteté intellectuelle : nous avons toutes et tous subi cette situation, frappés par l’incertitude générant un fort sentiment d’insécurité.

Les conséquences de notre immense promotion se sont fait sentir à différents niveaux : que deviendra d’ailleurs Denis sans le nombre incalculable de retransmission Houston - Appolo 11 ? Nos innombrables grilles de QCM seront-elles léguées à une maison de retraite pour le tournoi de Bingo du dimanche après-midi ? Qu’adviendra-t-il de nos confrères de R6, confrontés à un monde médical méfiant, à tort, face à leur nouveau cursus. L’objet de ce discours n’est pas d’attiser notre frustration et nous nous doutons que personne, absolument personne, ne s’est réjoui de cette situation. Cependant, nous n’oublierons pas les difficultés passées et présentes et nous espérons que la faculté continuera à prendre ses responsabilités pour remplir la mission pédagogique qui lui incombe.

En tant que délégués, nous avons eu le privilège d’avoir accès à certaines coulisses : On a bien souvent aussi tenu le rôle d’avocat du «diable», le diable étant tantôt du côté des étudiants tantôt du côté des officiels. Ce rôle nous a permis de nous rendre compte qu’énormément de personnes ont donnés de leur temps à notre cause autant parmi les étudiants que parmi les officiels ou le gouvernement. L’unité dont les étudiants ont fait preuve au long de cette année nous a marqué et mérite d’être soulignée. Cette place de délégué nous a ainsi montré qu’on avait tous pour ambition d’aller dans le même sens, avec parfois plus ou moins d’adresse, mais toujours le même bu : arriver à ce jour où nous sommes tous, sans exception, proclamés médecins !

Il y eut, et il reste, de l’incertitude, il y a des compromis. Cinquième étape.

Toutes ces concertations, tous ces compromis ont vu s’impliquer un nombre important de personnes. Nous avons donc tout autant de personnes à remercier aujourd’hui d’avoir œuvré afin de permettre, ce jour, la proclamation des tous derniers, et non des moindres, étudiants de Master 4 Médecine de l’UCL.

Nous souhaiterions remercier tout d’abord nos professeurs et enseignants pour leurs cours enrichissants, du 1er Bac jusqu’au 4e Master.

Nous remercions les Jurys et leurs présidents successifs, pour leur implication dans le bon déroulement de nos études. Nous remercions la Faculté pour l’encadrement pédagogique, le personnel des secrétariats de la faculté, des cliniques ou encore des stages ainsi que le CAMG, pour leur travail de l’ombre tellement nécessaire, encore plus ces dernières semaines afin de rendre cette proclamation grandiose et inoubliable.

Nous remercions nos maîtres de stages et le Réseau Santé Louvain pour leur accueil et leur encadrement durant ces derniers mois.

Nous remercions également toutes les personnes qui ont agi de près ou de loin pour l’accomplissement de nos études, nous pensons ainsi à nos appariteurs, aux services de gardiennage, aux organismes étudiants et à tant d’autres qu’il est impossible de tous les citer aujourd’hui.

Nous remercions tout particulièrement nos familles, parents, proches et amis, pour leur soutien sans faille durant ces nombreuses années.

Enfin, en tant que délégués, nous tenons à vous remercier, vous tous, chers étudiants, pour vos milliers de messages redondants, vos questions douteuses ou vos réclamations suppliantes, mais surtout pour votre bonne humeur à chacun des événements que nous avons eu la chance d’organiser. On a évidemment eu du plaisir à partager ces moments avec vous, sinon nous ne serions pas là aujourd’hui !

Il y eut des louanges, il y eut des applaudissements. Sixième étape.

Et le septième jour, Il se reposa... et il put pour la première fois depuis longtemps faire une grasse mat sans se soucier du lendemain, la satisfaction du travail accompli.

Nous allons en effet avoir 3 mois pour nous reposer, voyager, découvrir, réapprendre à se faire plaisir, à s’écouter, revoir des amis perdus de vue, ou encore recommencer à sculpter son corps d’athlète pour l’été. Alors profitons, profitons de cette journée et de ces vacances en les considérant comme une fin à de longues études, mais surtout profitons-en en tant que nouveau départ d’une aventure encore plus merveilleuse. Dès lors, après vous avoir tenu par la main pendant 2, 3, 4, 5 ou 6 ans en tant que délégués, à raison de 3467 mails (le compteur officiel de la faculté en attestera) et autant de rappels Facebook, voici nos quelques derniers conseils (que vous suivrez ou pas, comme d’habitude!)

Nous sommes dès à présent médecin. En tant que médecin, nous allons donc prendre soin de nos patients, les guérir, les accompagner, écouter leurs maux, même les non-médicaux. Mais pour tout cela, nous devons avant tout et d’abord prendre soin de nous, afin de rester un médecin disponible et empathique. Car oui, nous sommes médecins, mais nous sommes aussi humains, des personnes qui ont besoin de s’épanouir sur tous les plans. Alors que votre péché mignon soit de passer une journée au lit avec votre moitié, votre chat ou devant une série, de courir 2 marathons la même journée voire toute autre lubie, faites-le. Faites-le, d’une part pour soigner vos patients par la suite, mais faites-le surtout pour vous. Passez du temps avec votre famille, vos proches et vos futurs (ou déjà) petits bouts et n’oubliez pas de partager également ce temps avec vos nombreux nouveaux confrères et consœurs rencontrés au cours de votre cursus. Ils seront souvent d’une écoute et d’une aide précieuses, eux qui seront sur le même chemin que vous, avec ses hauts, ses bas et ses tournants.

Il ne nous reste dès lors plus qu’à vous souhaiter, de tout cœur, tout le meilleur pour les années à venir et surtout d’être heureux dans votre vie, peu importe les défis qui se présenteront encore à vous. Pour nous, une autre histoire se termine également aujourd’hui et nous vous remercions tous, une dernière fois, de nous avoir fait confiance durant ces années.

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